Analyse : Acculé sur le plan politique et diplomatique, le polisario recourt à la stratégie de la terre brûlée

Paris, le 16 novembre 2020 (Par Jalila AJAJA pour le MAP) – Acculé sur le plan politique et diplomatique, le polisario recourt à la stratégie de la terre brûlée, affirme l’universitaire franco-marocain Youssef Chiheb.

«Le polisario est acculé. N’ayant plus aucune marge de manœuvre, il recourt à la stratégie de la tension et de la terre brûlée. Et ses dernières gesticulations à El Guerguarat, une zone tampon reliant le Maroc et la Mauritanie, ne sont que la dernière cartouche, le baroud d’honneur dans une bataille qu’il sait très bien avoir perdu aussi bien sur le plan politique, juridique que stratégique», a-t-il souligné dans un entretien à la MAP.

Le 30 octobre 2020, le Conseil de sécurité a adopté une résolution prorogeant la mission de la Minurso pour un mandat d’un an jusqu’à octobre 2021, et appelant à la relance du processus politique qui doit être réaliste et basé sur des propositions plus tangibles. Dans le cas d’espèce, c’est la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine qui a le plus de crédit, auprès de plusieurs pays importants. La résolution parle aussi de la reprise des pourparlers impliquant « encore une fois » l’Algérie et la Mauritanie, et « ceci n’est pas neutre, loin de là », rappelle Youssef Chiheb.

Partant de là, “le polisario s’est trouvé en très grande difficulté : d’abord une résolution onusienne n° 2548 qui consolide le statu-quo et prolonge la mission de la Minurso. Ensuite, l’organisation séparatiste n’a plus d’assises politiques tant au niveau local, régional qu’au niveau des Nations Unies. Enfin, le polisario, qui met en cause le processus de paix supervisé par l’ONU, subit le décrochage de l’Algérie empêtrée dans ses propres problèmes internes: le Hirak, le Covid etc. A cela, il faut ajouter l’ébullition et les tensions dans les camps de Tindouf où une autre génération a compris que le polisario les conduit vers l’impasse », analyse ce professeur à l’Université Paris-Sorbonne.

Dans ce contexte, le polisario a commencé des manœuvres de défi de la force de la Minurso en envoyant des éléments subversifs sous le motif qu’ils sont des manifestants mais en réalité ils sont infiltrés par des éléments armés qui sont venus de Tindouf, lointaine de plus de 1.000 kilomètres de la zone pour attirer l’attention des médias et provoquer des tensions dans un timing bien précis et bien choisi celui de la dernière résolution des Nations Unies, les élections US et l’unanimité quasi totale de la communauté internationale sur le caractère sérieux de l’offre de paix proposée par le Maroc.

Selon Youssef Chiheb, par ses agissements récurrents depuis le 21 octobre, le polisario a franchi une ligne rouge, celle des provocations et de l’atteinte à la sécurité du Maroc. En résumé, affirme-t-il, le polisario “veut sortir du processus de cessez-le feu sur le plan militaire. Il veut aussi sortir du processus de négociations sur le plan politique”.

Enfin, poursuit Youssef Chiheb, il faut signaler que les victoires diplomatiques cumulées par le Maroc avec l’ouverture d’une quinzaine de consulats à Laayoune et à Dakhla, a porté le coup de grâce à toutes les manœuvres directes du polisario ou de son allié de toujours l’Algérie, puisque ni les Nations Unies, ni les institutions internationales qu’elles soient régionales, européennes ou asiatiques n’ont remis en cause la légalité de l’implantation d’antennes diplomatiques de pays africains, arabes et bientôt asiatiques et latino-américains.

Selon l’universitaire franco-marocain, « ce changement de cap de la diplomatie marocaine a porté le coup de grâce à une organisation en déperdition, qui n’a plus de soutien et qui n’a plus de marge de manœuvre diplomatique », soulignant que « l’étau se resserre autour des séparatistes qui recourent à la politique classique sur laquelle est fondée le logiciel politique de leur organisation séparatiste à savoir la guérilla, qui consiste en l’envoi de bandes de mercenaires pour provoquer des tensions dans le dessein désespéré de faire tomber le Maroc dans le piège de la riposte militaire contre des populations civiles».

Bien au fait des manœuvres des séparatistes, « le Maroc a fait preuve de retenue et il a informé le conseil de sécurité des Nations Unies”, a-t-il rappelé, notant que “face à l’absence de réactions coercitives à l’égard du polisario, le Maroc, qui s’est retrouvé dans une situation de légitime défense, a décidé d’entamer des manœuvres pour sécuriser la zone sans pour autant déclencher une action militaire disproportionnée”.

Selon Youssef Chiheb, « la réaction du Maroc sur le plan diplomatique et militaire a été à la hauteur de la situation. Le pays a géré cette crise par paliers : le premier étant la mise en garde de l’organisation séparatiste pour ses actions suicidaires qui peuvent porter atteinte au processus de paix et saper l’accord sur le cessez-le-feu. Et au niveau des Nations Unies, en interpellant par des lettres officielles les instances internationales sur les comportements irresponsables et dangereux du polisario».

En parallèle, «le Maroc avait à maintes reprises et cela a été très clairement rappelé dans le dernier discours de SM le Roi Mohammed VI, souligné qu’il est ouvert à la négociation pour la conduite de ce processus à terme c’est-à-dire une solution acceptable par tous, sous entendant de manière claire l’autonomie sous souveraineté marocaine à laquelle adhère plusieurs pays, mais le Royaume en tant que pays souverain, en tant que pays exerçant sa pleine souveraineté sur son territoire est en droit légitime de riposter à toute atteinte à sa sécurité nationale, et à toute entrave à la libre circulation des biens et des personnes entre le Maroc et la Mauritanie ».

Selon Youssef Chiheb, “la balle est dans le camp du polisario qui doit respecter les résolutions des Nations Unies et ne pas jouer à ce jeu dangereux. Car le jeu de la guerre, finit toujours par se retourner contre celui qui l’a provoqué».

Mais en décidant de rompre « unilatéralement » le cessez-le-feu et de reprendre les armes, le polisario s’inscrit dans une démarche désespérée, suicidaire, bien que les séparatistes aient compris que le jeu est terminé au niveau diplomatique. «Maintenant, sur le plan purement militaire, si le polisario continue dans cette démarche suicidaire, la guerre ne sera en tout cas pas en sa faveur”, affirme le professeur universitaire, notant que “le Maroc est un pays responsable, un pays membre de la communauté internationale. Il respecte les lois, les engagements et les accords qu’il a signés, et il s’inscrit pleinement dans le processus de paix.

«Mais si les lignes rouges sont franchies, c’est-à-dire si le polisario déclenche des attaques militaires le long des frontières depuis Tindouf jusqu’à El-Guerguarat, le Maroc ripostera et il sera dans une position de légitime défense », poursuit M. Chiheb dans son analyse.

Pour lui, les menaces du « polisario » de reprendre les armes ne sont que des ballons d’essai que lâchent désespérément les séparatistes pour, peut être, amener les Nations Unies à accélérer le processus de finalisation ».

« Les menaces d’un retour aux armes sont juste des manœuvres psychologiques très classiques, le polisario étant conscient qu’il n’a ni les moyens techniques, ni les moyens militaires pour déclencher une guerre face à la puissance de feu du Maroc (…) et même l’Algérie peut craindre cette option irresponsable», estime Youssef Chiheb.

Et d’ajouter que face à cette situation, “les séparatistes n’ont d’autres solutions que de respecter la feuille de route tracée par les Nations Unies. Ils doivent aussi revenir à la table des négociations avec une vision futuriste: car le séparatisme, le référendum, la république sahraouie… tous ces concepts sont caducs, irréalistes et irréalisables”.

«Tout le monde a compris que l’offre marocaine est la plus proche de l’équité et de la réalité pour résoudre ce conflit qui n’a que trop duré», a-t-il conclu.

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