Naima Moutchou ou le destin exceptionnel d’une franco-marocaine hors norme

Paris, le 30 octobre 2018 (MAP- Par Amina Benlahsen)  Ambition, persévérance et engagement. La franco-marocaine Naïma Moutchou en est la parfaite incarnation. Cette native du Val d’Oise, au nord de Paris, n’avait pas la voie balisée à sa naissance pour rêver atteindre les sommets.

De parents illettrés originaires de Ouarzazate, venus en France dans les années 1950 en quête de travail à la force des bras, il n’était pas évident pour elle d’aller bien loin. Pourtant, de réussite elle en a rêvé depuis sa tendre enfance. Jamais, elle n’a admis que son milieu modeste pouvait être un handicap. Au contraire, elle en a fait une motivation, une force de propulsion pour aller de l’avant sur la voie de la réalisation de ses rêves, aussi inatteignables paraissaient-ils.

Pur produit de l’école publique française, Naïma a dès lors fait de la réussite son leitmotiv et de la recherche de l’excellence sa raison d’être. Elle s’est ainsi surpassée, d’année en année, pour être toujours parmi les meilleurs de sa classe jusqu’à obtention du baccalauréat qui lui ouvrit la voie à de brillantes études de droit à l’université de Cergy, la plus proche du lieu de sa résidence, puis à l’Université Panthéon-Assas de Paris, auprès de laquelle elle a décroché son diplôme d’avocat.

Sa carrière allait ainsi débuter sous les meilleurs auspices puisqu’elle allait exercer pendant plus de dix ans dans un cabinet de renom aux côtés du bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris, Christian Charrière-Bournazel.

Au fil des années, Me Naïma Moutchou allait se spécialiser dans les affaires de presse et plaider plusieurs dossiers pour diffamation notamment contre le polémiste Eric Zemmour.

Débordant d’énergie, elle s’est découvert en parallèle une vocation pour l’associatif s’investissant en particulier au sein de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). Son leitmotiv a toujours été la lutte contre toute forme de discrimination.

Aux côtés de l’avocat Charrière-Bournazel, un amoureux du Maroc, Naïma, très attachée à ses racines marocaines, a par ailleurs ressenti vivement le besoin de s’activer pour la promotion de l’amitié franco-marocaine et a décidé de créer, avec lui, l’association Dialogos.

Entre autres activités, des conférences sur différents thèmes rapprochant les deux pays et les deux peuples sont organisées chaque année.

Désireuse de vivre une expérience inédite pour elle, la jeune franco-marocaine a décidé de franchir un nouveau pas en s’engageant en politique. Les élections législatives de juin 2017 allaient lui en offrir l’opportunité. Elle choisit alors le parti La République en marche (LREM-du président Emmanuel Macron), qui était à la recherche de jeunes profils, pour faire ses premières armes.

Son élection acquise, elle fit son entrée à l’Assemblée Nationale en tant que députée de la quatrième circonscription de val d’Oise : un honneur pour elle et pour sa famille, qu’elle a toujours voulu rendre fière d’elle, dira-t-elle.

Ma première pensée le jour où je me suis installée dans le fauteuil rouge de l’hémicycle, a été pour mon père, décédé quelques mois auparavant, a-t-elle confié à la MAP avec beaucoup d’émotion.

Mon passage en politique s’est fait naturellement, a affirmé Naïma. «Avant, j’appliquais la loi mais maintenant je fais la loi».

«J’avais tendance à critiquer, à dire que la loi était compliquée, mais maintenant c’est moi qui tiens la plume et rédige et je vois que ce n’est pas simple. C’est une mission noble et c’est beaucoup de responsabilité», a-t-elle avoué.

Encore une fois, sa persévérance et son acharnement au travail allaient payer, la franco-marocaine se voyant confier le rôle de Whip au sein de la prestigieuse Commission des lois à l’Assemblée nationale (en charge de discipline et de coordination au sein du groupe LREM). Une marque de grande confiance.

«Je fais en sorte que mes collègues de la Commission des lois votent dans le sens de la majorité», a-t-elle expliqué en indiquant qu’elle a aussi «un rôle de coordinatrice» et qu’elle «travaille beaucoup avec les ministres de la justice et de l’intérieur».

Mais au-delà de son mandat de députée au sein de l’Assemblée Nationale, Naïma s’active aussi beaucoup sur le terrain dans sa circonscription et notamment auprès des jeunes des quartiers difficiles.

Par son engagement politique et associatif, elle entend délivrer un message d’espoir aux jeunes qui «ne se sentent pas toujours à leur place parce qu’ils ont quelque chose de différent».

«Je veux porter leur voix, leur montrer qu’ils peuvent réussir à s’intégrer, à s’exprimer et à réussir dans la vie», a-t-elle affirmé en formant le souhait que son expérience de jeune qui a grandi dans un logement social et fréquenté les bancs de l’école publique puisse les motiver. «L’avenir, c’est la jeunesse», a-t-elle insisté.

S’agissant de son pays d’origine, Naïma a indiqué avoir tenu, dès son élection, à rejoindre les rangs du groupe d’amitié parlementaire France-Maroc, dont elle est actuellement vice-présidente, en charge de la culture.

«Je suis française et fière de l’être» mais je suis aussi «fière de mes origines marocaines» et d’avoir une culture aussi riche et aussi importante dans ma vie, a-t-elle affirmé, indiquant qu’elle parle aussi bien la Darija que l’Amazigh et qu’elle retourne régulièrement au pays en vacances, pour le faire connaitre aussi à ses deux enfants.

A travers son implication au sein du groupe, Naïma œuvre à pérenniser et promouvoir les liens qui sont déjà traditionnellement très forts entre les deux pays amis. Un engagement, aux côtés de tous ceux marquant son parcours, qui atteste de la valeur de cette femme hors norme dont le destin exceptionnel ne peut que forcer l’admiration de ceux qui viendraient à faire sa connaissance.

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