Camp de Tindouf : Le grand schisme sahraoui et le devoir de vigilance de l’Europe
L’écart n’a peut-être jamais été aussi abyssal entre les aspirations de dignité des séquestrés sahraouis dans les camps de Tindouf, et la dérive prédatrice de leurs dirigeants autoproclamés ; enlisés dans une succession de scandales faisant suite au siphonnage méthodique de l’aide humanitaire et exacerbés par l’effondrement d’une fraude pyramidale locale.
Le divorce entre les séquestrés et la nomenklatura de Rabouni est désormais consommé
Ce basculement structurel intervient à un moment charnière de la géopolitique régionale : Le 10 septembre 2026, le Congrès des députés en Espagne a, en effet, approuvé une proposition de loi octroyant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés à Saquia El Hamra et Rio des Oro avant 1975, ainsi qu’à leurs descendants.
Mais ironie du sort, cette perspective d’une citoyenneté européenne pour les milliers de sahraouis séquestrés dans les camps de Tindouf, vient de mettre en exergue l’enfermement matériel et politique entretenu par le polisario : D’un côté, l’émancipation par le droit ; de l’autre, la captivité par la faim.
Quand l’aide humanitaire finance la prédation
Le soupçon de corruption à Rabouni n’est pas une fiction politique, c’est un système documenté. Dès 2015, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) établissait formellement le siphonnage méthodique des cargaisons de nourriture et de médicaments dès leur arrivée au port d’Oran. Depuis, ce qui devait être un filet de sécurité pour des réfugiés s’est transformé en une véritable économie de rente. Cette assistance, financée par les contribuables européens et le tissu associatif mondial, alimente un marché noir florissant au profit exclusif de l’appareil sécuritaire du mouvement.
Aujourd’hui, la colère brise les lignes de front traditionnelles et s’invite sur la place publique européenne, notamment en Italie. Des activistes sahraouis et des voix dissidentes y fustigent ouvertement la gestion de Fatima Mahfoud, représentante officielle du mouvement sur place. Selon des enquêtes indépendantes relayées par le portail d’information Mediterranews, de graves accusations d’opacité financière pèsent sur la gestion de cette ‘’diplomate humanitaire’’. Ses détracteurs dénoncent une instrumentalisation cynique de la détresse des enfants ( à travers les programmes d’accueil estivaux et les projets d’assistance médicale) pour capter des flux de capitaux échappant à tout contrôle. Des ressources qui servent visiblement davantage à garantir le train de vie des cadres à l’étranger qu’à apaiser les souffrances dans les camps.
L’affaire Infravest ou le Ponzi de la honte
? cette prédation structurelle s’ajoute une crise de confiance interne sans précédent, née de la cupidité. En septembre 2026, les centres administratifs de Rabouni et de Chahid El Hafed ont été secoués par la colère spontanée de centaines de résidents et de petits commerçants dépouillés. L’objet de leur fureur : l’effondrement brutal de la société Infravest for Contracting and Investment.
Opérant dans les camps depuis 2022 sous la direction d’un homme d’affaires local, Sallamou Abba Ali, l’entreprise s’était bâtie une respectabilité de façade en finançant des événements culturels et des chantiers de construction factices. En réalité, Infravest gérait une gigantesque escroquerie pyramidale de type Ponzi.
L’onde de choc est immense : le promoteur a pris la fuite avec une caisse estimée à 886 millions de dinars algériens (environ 6,6 millions de dollars). Pour les familles sahraouies, dont les économies reposaient sur de maigres transferts de fonds ou sur l’économie informelle, la spoliation est totale. Comment une telle fraude a-t-elle pu prospérer pendant quatre ans dans une zone aussi hautement militarisée et soumise à un contrôle sécuritaire absolu ? Poser la question, c’est y répondre. Pour tout observateur lucide, une telle liberté d’action démontre au minimum une complicité passive, sinon une participation directe de hauts dignitaires de l’appareil du Polisario. Que fait le mouvement face à la faillite ? Il déploie ses militaires pour encadrer et étouffer les manifestations de spoliés, soucieux de préserver sa vitrine diplomatique.
Le dilemme éthique des parlements européens
Ce double constat place la communauté internationale face à un choix moral inéluctable. L’Union européenne, l’Espagne et les pays donateurs ne peuvent plus feindre l’ignorance. Continuer de financer à l’aveugle l’aide humanitaire aux camps de Tindouf sans exiger un recensement strict des populations par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ne relève plus de la générosité, mais de la complicité d’un système de prédation asymétrique.
Au moment où le Parlement espagnol ouvre une voie vers la citoyenneté pour des milliers de Sahraouis, les parlements européens — et plus particulièrement les autorités italiennes — ont le devoir d’auditer rigoureusement l’utilisation des fonds publics alloués. Pour les dissidents et les populations captives de Tindouf, la survie et la dignité dépendent désormais d’une rupture radicale : l’établissement d’un contrôle direct, exclusif et transparent des agences onusiennes sur l’aide, loin des mains prédatrices de la nomenklatura de Rabouni. L’Europe doit cesser de financer ses propres bourreaux humanitaires.