Le virage américain sur le dossier du polisario : Quand l’ONU s’alarme des liaisons dangereuses au Sahel
Alors que la 4e Commission des Nations unies examine la situation sécuritaire au Sahel, une série d’experts et de parlementaires internationaux alertent sur la porosité croissante entre le mouvement séparatiste du Polisario et les réseaux djihadistes. ? Washington, cette préoccupation transcende les clivages politiques et enclenche un processus législatif inédit visant à classer le groupe comme organisation terroriste, rebattant ainsi les cartes de la diplomatie régionale.
L’internationalisation du dossier du polisario et la focalisation croissante de Washington sur ses connexions présumées avec les réseaux terroristes du Sahel ont dominé les débats de la 4e Commission des Nations unies : Le mercredi , 7 octobre 2026, une succession de pétitionnaires internationaux ont tiré la sonnette d’alarme devant l’assemblée. Pour ces experts, le mouvement séparatiste n’est plus seulement perçu comme un simple acteur politique local, mais comme une véritable menace globale pour la stabilité de l’ensemble de la région sahélo-saharienne.
C’est aux ?tats-Unis que ce changement de paradigme est le plus frappant
Souleymane Satigui Sidibe, président de l’Institut sahélien de recherche et d’analyse pour la transformation des conflits, a mis en lumière un « tournant qualitatif dans la manière avec laquelle la communauté internationale appréhende les milices du polisario », dont les dérives ne peuvent plus, selon lui, être dissimulées. Ce constat se matérialise aujourd’hui par un « processus législatif structuré et bipartisan » au sein des deux chambres du Congrès américain. Portée par une vingtaine de représentants et de sénateurs démocrates et républicains, cette offensive législative vise à inscrire le polisario sur la liste des organisations terroristes, en s’appuyant sur des « preuves tangibles » d’activités déstabilisatrices.
Inquiétudes sur le terrain, quant à la porosité entre le séparatisme et l’extrémisme armé
Mohammad Ziyad Aljabari, de l’Association d’amitié maroco-palestinienne, a notamment pointé du doigt le recrutement de membres du mouvement par des groupes djihadistes, citant en exemple le parcours d’Adnan Abou Walid Al-Sahraoui au sein de Daech. Face à ces dynamiques, Amal Jbour, de la Jordanian Philosophical Society, a averti que la persistance du statu quo et « la dictature du polisario » imposée aux populations des camps de Tindouf accentuent les risques sécuritaires régionaux. De son côté, Abdul Basith Pattinathar (World Humanitarian Drive) a exhorté la communauté internationale à préserver les zones humanitaires de toute influence extrémiste afin de briser le lien entre séparatisme, criminalité transnationale et terrorisme global.
? court terme, cette réorientation de la perception internationale, impulsée par l’axe Washington-ONU, pourrait profondément modifier les équilibres géopolitiques en Afrique du Nord. L’adoption potentielle d’une législation antiterroriste par le Congrès américain menacerait d’asphyxier financièrement et diplomatiquement le mouvement séparatiste. Une telle rupture forcerait ses soutiens régionaux historiques à redéfinir leur position, tout en renforçant la légitimité des approches axées sur une stabilisation globale et concertée du corridor sahélo-saharien.
Ali Mounir El Atlassi