Le Maroc opère une rupture doctrinale majeure en actant le départ de la Minurso et le retrait du dossier du Sahara de l’ordre du jour du Conseil de sécurité.
C’est ce qui ressort d’un communiqué du Cabinet Royal, diffusé en ce jour hautement symbolique de la «fête de l’Unité », qui formalise le passage d’une diplomatie réactive à une stratégie Souveraine sur l’ensemble du territoire national de Tanger à Lagwira. En célébrant la non-reconduction du mandat de la Mission des Nations Unies, Rabat ne subit pas le vide juridique : il l’orchestre pour sceller définitivement la Marocanité de son Sahara.
La rupture par le vide : Le démantèlement des symboles de l’ONU
La réaction du Maroc repose sur l’immédiateté physique de la rupture. En précisant que le personnel, les véhicules et les symboles de la Minurso doivent cesser d’exister « dans les prochains jours », le Cabinet Royal transforme une décision technique du Conseil de sécurité en un acte d’expulsion souveraine tout en effaçant 35 ans d’un « contexte anachronique » qui maintenait une ambiguïté sur la nature territoriale des provinces du Sud. De ce fait, le départ de la Minurso réintègre de facto l’espace saharien dans l’administration exclusive et souveraine du Royaume.
Le verrouillage politique : La désactivation du Conseil de sécurité
Le cœur de la réaction marocaine réside dans la neutralisation des mécanismes onusiens. En déclarant que la non-reconduction de la Minurso entraîne la « fin de la saisine du Conseil de sécurité », le Maroc coupe court à la diplomatie des rapports périodiques, des briefings d’envoyés spéciaux et des résolutions annuelles.
Pour Rabat le processus politique est « suspendu » en raison des blocages et de l’entêtement « des autres parties » (visant sans les nommer l’Algérie et le polisario.
En retirant le dossier de l’ordre du jour de l’ONU, le Maroc s’affranchit de la pression multilatérale et prive ses adversaires de leur principale tribune internationale. L’asphyxie politique du processus onusien sert ici à figer la situation en faveur de Rabat.
La bascule multilatérale : L’effet domino vers les autres organes
Le communiqué dévoile une phase offensive ultérieure : « Des actions similaires seront également menées prochainement au sein des autres organes de l’ONU ». En clair, le Maroc ne compte pas laisser la Quatrième Commission de l’Assemblée générale (chargée de la décolonisation) ou le Conseil des droits de l’homme s’emparer du dossier à la place du Conseil de sécurité. Autrement dit, le Maroc compte mener une guerre juridique pour faire radier définitivement la question du Sahara de l’ensemble du dictionnaire des Nations Unies.
Mettre de l’avant le bilatéral au détriment du multilatéral
Tout en affirmant son attachement formel au cessez-le-feu comme preuve de son foi pour un règlement pacifique, le Royaume déplace le curseur du multilatéralisme vers le bilatéralisme pur : Fort de l’appui déclaré de « plus des deux tiers des membres de l’ONU », incluant des membres permanents du Conseil de sécurité (comme les Etats-Unis et la France) et des puissances influentes, le Maroc considère que la légitimité internationale a déjà basculé. Et de ce fait, pour Rabat, le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine n’est plus une base de négociation, mais l’unique réalité résiduelle. En fermant la parenthèse de l’ONU, le Maroc entend contraindre le reste du monde à traiter cette question directement avec Rabat, d’Etat à Etat.
Ali Mounir El Atlassi